Le « Foudroyant »

Après un long trajet en wagonnet à travers les marais salants, à Port-Saint-Louis-du-Rhône, nous parvenons à un vieux chalutier rouillé, penché sur la gauche, son nom: le « Foudroyant ». Après un bref entretien avec le capitaine sur les conditions de ma traversée, mon père prend la fuite, poursuivi par une nuée de moustiques. On me désigne une cabine en fer sur le pont arrière. J'accroche ma valise et ma bicyclette à des anneaux fixés au plafond. Les rats pullulent et c'est plus prudent si je veux protéger le cuir de la selle et les pneus. Deux jours plus tard, le Foudroyant chargé de sel prend le large, le capitaine m'a fait signer au préalable un papier dégageant la compagnie de Chalutier Malouin de toute responsabilité au cas où… Nous longeons les côtes d'Espagne, traversons en tempête le Détroit de Gibraltar, puis tombons en panne une première fois, pour 48 heures. Prévoyant, le chef mécanicien avait embarqué quantité de barres de bronze, de cuivre et court toujours d'un bout à l'autre du navire avec une pièce à réparer, à refaire à la main.

Le Foudroyant. Crédit : Frédéric Back, Port-Saint-Louis-du-Rhône, croquis, juin 1948
Bateau le Foudroyant. Crédit : Frédéric Back, croquis, juin 1948
Les côtes d'Espagne. Crédit : Frédéric Back, croquis, juin 1948