D'Iberville

Série télévisée historique en couleur de 39 épisodes
Diffusée du 11 octobre 1967 au 10 juillet 1968 à Radio-Canada, puis en France, en Suisse, en Belgique, à Monaco et au Luxembourg
Durée moyenne d'un épisode : 00:30:00
Coproduction : Société Radio-Canada (Canada), O.R.T.F. (France), R.T.B. (Belgique). S.S.R. (Suisse)
Réalisateurs : Pierre Gauvreau et Rolland Guay
Directeur du service des arts graphiques : Pierre Garneau
Créateurs des maquettes : Jean-Paul Boileau et Frédéric Back
Décors : Léon Hébert
Costumes : Gilles-André Vaillancourt
Responsable de la recherche historique et des textes : Guy Fournier
Auteurs : Guy Fournier, Jacques Létourneau et Jean Pellerin avec la collaboration ponctuelle de Maurice Gagnon, Pat Gagnon et Michael Jacobs
Compositeur : Michel Perrault

Résumé

Cette série historique a été une des plus importantes productions télévisées au Québec. Conçue pour un jeune public, elle a captivé grands et petits en racontant les exploits de l'audacieux capitaine et découvreur canadien Pierre Lemoyne D'Iberville de 1682 à 1704. Défendant le territoire de la Nouvelle-France face aux Anglais de Boston et aux Hollandais de Manhattan, à la tête de quelques centaines d'hommes, il parvient à conquérir tous les postes anglais de la baie d'Hudson, le fort de Pemaquid, en Acadie, et le fort Saint-Jean, à Terre-Neuve. Plus tard, ses expéditions le conduisent à découvrir l'embouchure du Mississippi. Il y fonde la ville de Mobile et le port de Biloxi avant de remonter le fleuve pour créer la colonie de Louisiane.

Au sein d'une équipe technique de 12 personnes, Frédéric Back et Jean-Paul Boileau ont conçu à l'échelle de 1/20 de très nombreuses maquettes : navires de guerre, villes, forts, postes de traite, maisons, château, falaises, côtes, banquises et icebergs. Ce fut le plus gros projet de maquettes jamais réalisé au Canada. Elles ont été conçues avec un tel souci de réalisme que le Musée militaire et maritime de Montréal, situé sur l'île Sainte-Hélène, en récupère certaines en vue de les exposer. Hélas, elles moisiront dans ses caves sans que le public puisse en profiter.

La petite histoire

Frédéric Back séjourne en France quand, en 1963, Jean-Paul Boileau, le chef de l'atelier des maquettes à la télévision de Radio-Canada, lui parle du projet de la série D'Iberville. De Paris, il lui envoie des plans de navires dénichés au Musée de la marine.

De retour à Radio-Canada, en 1965, Frédéric Back procède avec Jean-Paul Boileau à de premiers tests de peinture sur verre au bord du lac Saint-Louis en prévision des scènes tournées avec la technique du Glass shot. Le réalisateur Pierre Gauvreau lui demande alors de créer aussi des cartes géographiques, des manuscrits et autres papiers officiels « d'époque ». Dès le printemps 1966, l'équipe des maquettistes s'installe dans un magasin désaffecté de la rue Sainte-Catherine, à Montréal. Elle est composée d'un ébéniste, de trois menuisiers, d'une modéliste pour les personnages miniatures et de cinq étudiants bricoleurs inexpérimentés. Pendant toute une année, ils travailleront de concert avec Jean-Paul Boileau et Frédéric Back pour réaliser toutes les maquettes nécessaires à la série.

La série en chiffres

Tournée en 1967, la série D'Iberville compte pas moins de 4 000 plans sur film 16 mm. Son tournage a duré une année. Elle a fait travailler 500 artisans du cinéma et de la télévision ainsi que 350 comédiens et plusieurs centaines de figurants. Son budget global a atteint près de 3 millions de dollars canadiens.

Finaliser les cordages sur chacune des maquettes de navires prenait plus d'une semaine et 400 personnages de latex ont été confectionnés pour figurer dans ces décors en modèle réduit. Les prises de vues des scènes de combats navals s'effectuaient dans un bassin de 90 m2 avec un niveau d'eau de 40 cm.

L'ensemble des maquettes occupait une superficie totale d'environ 140 m2. Elles étaient toutes « raccord » avec les décors réels grandeur nature. Les représentations de Montréal, de Québec (à différentes époques et saisons), de La Rochelle, des six forts de la baie d'Hudson et des différents postes de traite mesuraient toutes 11 m de largeur et leur profondeur variait de 1 à 3 m.

Navires et chaloupes

Sept navires en fibre de verre ont été conçus pour les scènes de combats navals de la série. Reconstitutions exactes des bateaux de la fin du 17e siècle, ils étaient français à bâbord et anglais à tribord pour la moitié d'entre eux et vice-versa pour l'autre moitié, de manière à pouvoir changer de nationalité sans transformations importantes. Ils étaient équipés d'un réseau de commandes électriques permettant de déclencher les tirs de canons à distance. Tous les équipements des ponts étaient en bois, décorés et peints selon les styles de l'époque, avec des panneaux partiellement démontables et des châteaux de poupe richement sculptés. Leur gréement nécessitait une incroyable quantité de cordages reliés par des poulies qu'on avait confectionnées avec des haricots secs. Ceux-ci rendaient parfaitement l'effet désiré mais, anecdote cocasse, on n'avait pas prévu qu'ils germeraient après un certain temps dans le milieu humide des bassins où étaient tournées la plupart des scènes maritimes. Enfin, il y avait deux couleurs de voilures et on avait créé des lots de voiles carguées ou larguées que l'on pouvait interchanger rapidement entre deux prises de vues. En plus de ces bateaux de guerre, l'équipe avait fabriqué un navire épave, un flibot (deux-mâts hollandais) et 20 chaloupes.

Trucages maison

Tandis que Frédéric Back avait la responsabilité artistique de concevoir et de réaliser l'ensemble des décors (navires, sites urbains ou naturels...), Jean-Paul Boileau gérait l'organisation technique et stratégique des navires afin d'accomplir toutes les manœuvres nécessaires : tirs de canons, trajectoires sur l'eau, changements de voilures, de nationalité des navires, etc.

Dans le bassin, la trajectoire des navires était contrôlée : ils étaient tirés à la vitesse nécessaire par des câbles de nylon retenus par des pesées de plomb. La pluie était simulée grâce à des jets d'eau en arrosoir et les chutes de neige étaient faites avec du sel blanc. Les techniciens agitaient l'eau avec des palettes pour créer des vagues et utilisaient du savon pour favoriser la formation de crêtes d'écume. De grands ventilateurs gonflaient les voiles et faisaient tourbillonner la pluie et la neige. Pour donner à tous les mouvements une cadence réaliste, les scènes étaient filmées à la vitesse de 100 images par seconde.

La technique du Glass shot

Comment filmer une scène avec le château de Versailles en arrière-plan quand on se trouve à Montréal? En utilisant la technique du Glass shot, dont Frédéric Back est l'un des rares spécialistes dans les années 60. Il peint sur une grande vitre le château en question ou tout autre paysage qu'on n'a pas les moyens d'aller filmer ou de reconstituer. Une fois le dessin terminé, le panneau de verre est placé devant l'objectif de la caméra et l'action est filmée à travers les surfaces de la vitre demeurées transparentes. Le faux décor doit donc non seulement être peint de manière détaillée et réaliste, il doit aussi être à l'échelle et tenir compte des perspectives du plan d'ensemble de la scène tournée. Un travail très complexe et d'une grande précision que Frédéric Back a dû accomplir plusieurs fois pour le tournage de la série D'Iberville. En plus du château de Versailles, il a réalisé des vues de la ville de Montréal au 17e siècle.